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jeudi 6 mai 2010

Participe au clip de Phoenix et fustige Kad Merad

Ce qui est incroyable avec Phoenix, c’est qu’ils ont beaucoup de succès à l’étranger (US, GB, pays anglo-saxons) et presque pas en France. Pourquoi? Peut être parce que musicalement les latins sont des ploucs. Je crois que c’est un problème culturel. Pourtant Johnny Hallyday dit s’inspirer directement de la culture rock, blues et country américaine, il n’en reste pas moins que ce mec est un beauf.
Tout ça pour dire qu’il reste de la place pour participer au clip de Phoenix à cette adresse, à Paris le Dimanche 29.

RAPPEL : Un extrait de leur album 1901 est disponible en FreeDownload. Gratos.

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Bon mais moi je vais aller m’acheter le dernier disque de Johnny à 9,99 euros dans son cellophane à Chateauroux. Je fais la collec’. LA COLLEC’. Il n’y a qu’à regarder ce que l’on nous vend actuellement en France: Renan Luce, Thomas Dutronc, Jérémy Amelin, Calogéro, Garou et toute la horde des Enfoirés supplées par les médiocres Darmon et Kad Merad, la nouvelle prositutée populaire qui vient de nous sortir un film de merde “Safari”. Tiens, j’ai bien envie de lui taper dessus à ce Kad Mérad, il était drôle avant. AVANT. Maintenant c’est une pute qui fait la charité déguisé en PeterPan sur la scène du Zenith. En gros, le mec il te dit : “Bon ben j’ai fait de la merde avec tout mes potes, on a fait un petit spectacle pourri, on s’est bien marré comme des cons, on s’est déguisé, on a chanté de la pisse…ça te dit pas d’acheter le DVD et l’album de ce qu’on a fait pour nourrir les pauvres dans la rue. Moi je me suis engagé à m’humilier sur scène tu pourrais faire un effort”. INSUPPORTABLE. Putain je m’éloigne du sujet et m’enlise. C’est toujours pareil. Et moi qui je suis? Le narrateur? D’accord. J’ai compris. Ne vous affolez pas, je suis simplement idiot, j’ai quelques lacunes, « psycho mon coco », dirait ma filleulle. Ma filleule est une imbécile, une vraie, les imbéciles médicaux, ceux qui ont des difficultés pour articuler et gesticuler. Paix à son âme. Ah mais, elle n’est pas morte, juste qu’elle est loin, dans un centre, enfermée, seule, couvent, femme, linge, blanc, noir, ennui, Dieu. Classique, la classe, le groove, je kiffe. On a tous nos petits problèmes.

Les miens sont plus importants que ceux de ma filleule par exemple… oui j’essaie de donner un point de comparaison…entre ma filleule et moi. Il ne faut pas s’excuser, son handicap n’est pas tant une source à problème puisqu’elle ne s’en rend pas compte, elle n’a pas la notion de réalité, elle est perchée. Et moi je suis con. Le narrateur est un con? D’accord j’ai compris, ne vous affolez pas, je suis fortement stupide, je ne comprends pas tout, je ne suis pas à ma place comme dirait Maman. Ma mère est une femme, celle qui à la volonté de lutter et parfois d’être mauvaise foi ou de ne pas être crédible, c’est le choix. Qu’elle soit heureuse là où elle est! Je ne dis pas ça parce que je ne sais pas ou elle est, juste que j’ignore où elle est dans l’instant T. Peut être au supermarché, au milieu des légumes, des viandes, sang, animaux, poissons frais et alcool, purée et chocolat. Là bas, je lui souhaite d’être heureuse. Le narrateur? Là, ici même. J’ai la poignée en main, je rentre, dans le hall d’entrée il y a un escalier qui monte au second étage, les chambres et une salle de bain. Ils se réveillent, il est six heure. SUICIIIIIIIIIIIIIIDE

mardi 4 mai 2010

Relation Epistolaire et Pauvres Gens

Je conduis une BMW, je suis assureur, je m’aime, j’ai tout réussi dans ma vie sauf mon mariage puisque ma femme est morte en couches d’un cancer de l’utérus. C’est vrai, on couve rarement un bébé et une tumeur en même temps mais j’ai vite oublié. J’ai cette capacité. Ce passé morbide derrière moi, j’ai reconstruit ma vie et c’est bien comme ça. Jusqu’au jour où j’ai reçu cette lettre. Une lettre de la mère de mon ex-femme décédée. Elle me demande de l’aide. Voici son texte recopié. Ma réponse est au dessous.

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Par Mlle Inzecity

Mon cher enfant

Je vous écris aujourd’hui cette lettre pour faire appel à votre bonté, à votre générosité. Votre proposition de soutien malgré votre tristesse à la mort de Christine m’avait beaucoup touché mais je n’ai jamais osé vous demander de soutien financier, par dignité.

Aujourd’hui je n’ai d’autre choix que de m’en remettre à vous mon enfant, je ne puis en faire autrement…
Je suis une veille femme, je souffre, je m’éteins un peu plus chaque jour que Dieu fait, il m’appelle je l’entends et pour me préparer au grand voyage, il teste ma foi en jonchant d’obstacles mes derniers pas sur cette Terre.

Je suis une femme honnête et toute ma vie, je me suis battue pour trouver l’énergie nécessaire pour que mon enfant ne puisse manquer de rien. Cet enfant, Dieu me l’a enlevé pour une raison que j’ignore…

Accablé par la douleur, Léopold mon époux, mon amour, s’en est allé à son tour. Son cœur a lâché, le mien s’est brisé.

J’ai survécu durant ces quelques années grâce à Filou, mon fidèle ami à 4 pattes qui m’a poussé à garder le lien avec notre société, cette même société qui aujourd’hui tourne le dos à une femme de 83 ans, qui me coupe l’électricité et me laisse crever sans pouvoir toucher la modeste pension gagnée durement par mon défunt mari. Et oui, aujourd’hui, je paye la tumeur de ma fille que les médecins n’ont pu guérir.

Le sort est ironique. Filou vient de mourir. Je ne peux me résigner à jeter à la fosse cet ami, ce compagnon de route qui m’a toujours soutenu et une inhumation est bien trop chère… Il en est hors de question.
Il était ma raison de survivre. Sans lui, je vais mourir.

Je fais la manche mon gendre… J’en suis réduite à la « quémande ». Je mets ma dignité de côté et j’implore votre soutien financier pour pouvoir empailler ce qu’il me reste de cette amitié… Mon fidèle ami, mon chien, mon Filou… Mon gendre, je n’ai plus que vous.

Je vous embrasse fort

Grand-maman

PS. Devis du taxidermiste ci-joint
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Par moi

Chère Renée,

À la mort de Christine, je m’étais engagé à vous venir en aide mais je n’ai pas tenu promesse. J’ai dit ça sur le coup de l’émotion et je le regrette. Malgré tout, je suis heureux maintenant et j’aime qui je suis. Je ne serais peut être pas cet homme aujourd’hui si Christine n’était pas morte. Elle m’a laissé, je ne lui en veux pas. Je ne vous en veux pas non plus d’avoir été insupportable avec moi durant toutes ces années.

J’ai toujours était très anxieux quant à votre équilibre mental et la requête dont vous me faites part ne fait que confirmer mes craintes antérieures. Vous me demandez de l’argent, votre mari est mort depuis longtemps, vous êtes seule à présent, c’est dur. Faire empailler votre chien pour combattre la solitude, ça c’est moche.

Vous voulez 236 euros pour mettre votre bâtard galeux en paille. Je n’ai pas envie de participer à cette macabre composition. D’ailleurs d’un point de vue pratique, je trouve l’initiative peu judicieuse puisque votre intérieur est assez misérable et que votre chien est une grosse masse dégueulasse. Faites une couverture avec sa peau, c’est plus malin. J’ai lu que le Terre Neuve possède une fourrure dense avec un sous-poil important, il est naturellement protégé par son pelage qui résiste au froid et aux intempéries. C’est un bon investissement et vu la vétusté de votre maison, vous n’allez pas passer l’hiver ma belle.

Dans le même temps, je suis obligé de vous préciser que je n’ai pas été félicité de l’organisation de l’enterrement de Christine qui fut un réel succès. Cela m’a pris du temps et de l’argent. De l’argent. J’ai beau être blindé de thunes, je ne suis pas une bonne poire. Et que m’a laissé Christine ? Une chambre d’enfant avec tous les accessoires pour bébé, tout ça payé à crédit, un crédit que je suis toujours entrain de rembourser d’ailleurs.

Vous l’aurez compris ma douce, votre chien n’aura pas mon argent et vous non plus. 236 euros pour bourrer un animal de paille et le mettre sur une cheminée, c’est cher. Moins cher qu’une mise en bière tout de même mais ca reste une somme n’est ce pas ? Une somme que je ne dépenserai pas pour vous.

Je vais arrêter là je suis en érection, je prends un malin plaisir à écrire cette lettre et c’est mauvais pour mon cœur. Mdr. Je vous souhaite, Madame, une vie belle et longue. Maintenant que vous n’avez plus rien, vous pouvez enfin vous occupez de vous. Sortez et faîtes vous plaisir. Vous êtes libre.

Mes Sincères Salutations.

jeudi 22 avril 2010

Comment tuer quelqu’un sans se faire prendre ?

Claude et Béatrice sont dans leur cuisine stylée à l’Afghane, la faïence est en lambeaux et le carrelage craque sous les pieds. Il ne manque que deux ou trois poules qui bécotent au hasard et la dépouille d’un soldat Russe pour vraiment planter le décor. Seulement, les deux tourtereaux ne sont qu’au cœur d’une cité HLM d’architecture post-soviétique et mal frequentée, il ne s’y passe rien à part sinistres et cynisme. Vie morne et inconvenante. Claude doit cohabiter avec les moudjahiddines en charentaise qui depuis que les neiges ont fondu, repassent à l’offensive et réinvestissent le quartier. L’hiver est rigoureux dans la cité qui se chauffe essentiellement au charbon. Pour Claude et Béatrice, l’exposition journalière à la poussière de houille a affecté leurs poumons. Claude fume et cela n’arrange rien à l’affaire, il couvre une tumeur au thorax, on ne peut pas parler encore de stade métastatique mais ça se profile. Claude ne sait rien. Persuadé d’être une force de la nature, dans deux ans au plus tard, il demandera à ce qu’on l’achève sur son lit d’hôpital, à la hache ou euthanasié cela importera peu.

Béatrice, elle, ne ressent pas, répugnée la pauvre, elle ne supporte plus Claude et particulièrement la façon qu’il a de se tortiller quand il fait l’amour. Un mollusque infâme qui s’avachit contre elle et remue et remue et remue. Il transpire, il pue et elle sent la chair dégoulinante de son ventre rebondir sur ses reins. Béatrice voudrait disparaître, elle aimerait fuir et elle est accrochée à cet épais sac baveux. C’est un petit homme, gros et flasque, son crâne est dégarni, il ne lui reste des cheveux qu’aux dessus des oreilles, des petites oreilles en pointe, des lunettes rondes et des dents de lapin. Il n’est pas question ici de décrire Béatrice, elle n’existe pas, elle est annihilée, inexistante, elle n’est qu’une serpillière vaginale, une casserole dans la main droite, un balai dans la main gauche. Elle n’a que la fenêtre comme échappatoire quand elle sautera, elle redeviendra humaine. Conséquence logique de cette dégénérescence, je l’appellerai Grossière Erreur, décision cruelle mais l’omniscience et le pouvoir que j’exerce sur mes personnages est tyrannique et impitoyable.

Sautera ou ne sautera pas, telle est la question. Je ne lui laisse pas l’opportunité de redevenir une femme autrement que par la mort, autrement que par le choix, celui que l’âne de Buridan ne pourrait faire, le choix de Sartre, celui qui façonne, celui qui engage. Il est certain qu’auparavant Grossière Erreur ne fut pas un exemple de virtuosité et d’ingéniosité, mais elle avait sa place au sein de la société. Elle pouvait encore prétendre à détenir une identité particulière ainsi qu’une permanence dans l’espace, une sorte de consubstantialité ternaire : Femme, mère, tributaire. Un personnage inanimé que je viens de peindre, une nature morte, encore plus terne qu’un panier d’aubergine sur une table en bois…Qu’elle saute ! Qu’elle crève !! Marre !!! Lecteur, tu vas assister à un meurtre…Non !! Tu vas le commettre… Elle est là, devant toi, elle ne bouge plus, tu n’as plus qu’à la pousser, une petite pression sur le dos, c’est comme à la piscine. Tu avances, tu es décidé, c’est l’heure pour l’Erreur. Emporté par la plume, déterminé par la divine littérature, tu la soustrais au monde, la libère de ses chaînes. Envolée, désarticulée, fracassée.

jeudi 8 avril 2010

Frapper une femme est un acte consensuel

Une nuit, j’embrasse une fille, je suis debout dans la foule, elle me caresse le visage et me dit que je suis idéal. Elle ne me connaît pas. Je ne la connais pas. Je sais que ses lèvres sont bonnes, elle me trouve beau. Elle me plait, son regard est plein, elle n’est pas saoule. Je le suis. Elle est plus jeune, elle est vivante. Je suis mort. Elle donne, je reçois, j’encaisse. Elle veut monter sur moi. Je lui dis de se contenir. Je pense que je n’arriverai pas à la baiser. Je ne peux pas bander. Je lui apprends qu’hier c’était mon anniversaire. Elle me propose de boire un verre. On monte à l’étage. Elle me prend la main. J’aime son corps. Je prends une vodka sec. Elle commande une vodka fraise. Elle est contente d’être avec moi. J’aime qu’elle me sourie, elle est généreuse. Plus tôt, dans un appartement, je buvais. Invité par une copine de ma classe chez des personnes qu’elle connaît. Sa meilleure amie est là. Impossible d’en placer une, elle veut s’affirmer, elle est agressive. On peut croire qu’elle a du répondant. Faux. Elle est dans l’invective. Elle a confiance en elle. Faux ! C’est une sous merde. Elle me cherche. Je lui dis de ne pas rentrer en conflit avec moi. Elle ne survivra pas. Elle est insupportable. Elle parle pour ne rien dire, elle parle pour qu’on la voit. Je l’imagine avec un couteau dans la gorge. Elle est moins fière. Je lui renvoi mon animosité. Je ne l’aime pas, je lui dis. Le cirque. Je lui demande si elle prend du plaisir dans la douleur. Je propose de la prendre en levrette pour lui apprendre l’humilité. Je la fais taire. Ses amis lui disent qu’elle a trouvé son maître. Elle a trouvé son bourreau cette pute. Nous buvons, j’ai ma fiole de vodka, je la fini.Je vais dans les toilettes me repoudrer. Je suis délice et malice ce soir.

On sort. Même registre, cette fille est une conne. Elle est tout ce que j’exècre chez une femme. Vulgaire, grossière, exubérante, parle fort. Nous arrivons dans un club parisien. Banal mais sympa, bonne ambiance. Je laisse ma veste aux vestiaires. Je vais aux toilettes. Je prends une bière. Observation. Vingt minutes pour cerner l’environnement. Quatre vingt pourcent des mecs sont des tocards, comme partout. Quatre vingt dix pourcent des filles ne me plaisent pas. Je parle avec un mec. Je lui dis que si il veut pécho, il faut qu’il aille susurrer à l’oreille d’une fille qu’il vend du rêve. Je lui précise que si la fille répond « Et quoi comme rêve ? », il doit enchainer avec ces trois mots : Tendresse, Chaleur et Volupté. Il se marre mais il ne fera rien. Trop peur de passer pour ce qu’il est. Il met en doute ma technique. Je lui réponds que tout se passe dans le regard, Il faut parler le moins possible. Une première phrase et tu dois la faire rire. Si elle ne rigole pas, tu t’excuses et tu t’en vas. Aux toilettes ou au bar, et tu encaisses ton échec. Il s’en va, dommage, il rentrera seul. Je me retourne, je vois une fille, elle m’attire. On s’embrasse. Nous sommes ensemble depuis une heure. L’autre merde se pointe. Elle lui dit que je lui ai promis une levrette, que je suis malsain et que j’ai pris de la coke. Elle s’en tape et m’embrasse encore plus fort. Merde se casse. Plus tard, elle revient à la charge avec la pote de ma classe. Elle me casse les burnes, me parle, je l’ignore. Merde se met alors à me lancer des glaçons. Je la vire. Ma camarade de classe essaie de me chopper et de me lèche le cou. Je la rejette. Elle est ridicule. Elle est bourrée. Je prends du bon temps. On parle bien. Elle me raconte sa vie qui est un échec de bout en bout. Son père a le sida, elle a raté son bac, elle bosse pour des vieux dépendants. Je l’arrête et lui dis que ses échecs ne m’intéressent pas. Elle est choquée et me dit que je suis méchant. Je n’expose que des faits. Sa vie est un échec, ce n’est pas grave après tout. Et voilà que Merde revient plus énervée que jamais. Elle traite la fille de pute et la frappe. Je lui décoche alors une droite dans la bouche. Elle recule. Elle s’en va. Je suis content de moi. Je suis fier. Je me sens soulagé. J’ai envie d’y retourner. La fille me retient. Merde est en larmes…

lundi 5 avril 2010

Dérives d’un monsieur sans importance

C’est une journée bien remplie pour Monsieur, satisfait de l’attention que ses proches lui ont portée. Aujourd’hui il a attiré les regards, les gens ont montré de l’empressement et de la prévenance à son égard. Mais fatigué par son altitude, il est rentré, serein. Chez lui, Monsieur ne se gène pas pour se mettre à l’aise et asseoir son petit cul sur le fauteuil. Un peu de musique, le folk sent le Sud ségrégationniste et abstrus, celui des poètes assassins du Tennessee. Un petit pétard et le tour est joué, Monsieur vient de s’assurer une petite heure tranquille, sans hasard. Monsieur n’aime pas les contingences. Monsieur t’emmerde et il aime ça. Il doit être en train de penser à tous ces idiots qu’il a croisés cet après-midi, une enfilade pénible et poignante, il resonge à ces gothiques fiers, frustres et innocents près de la cathédrale. Monsieur s’interroge ! Selon lui, cette communauté, composée de jouvenceaux, est sujette à des comportements autos agressifs et suicidaires, elle devrait s’effacer. Malgré tout elle consolide son assise géographique. Inquiétant ! Monsieur se renseignera plus tard sur Internet et plutôt il s’amusera de ces pauvres falots.
Monsieur aime les faits-divers, il aime la douce violence, une mère qui tue son enfant, un vélo cycliste heurté par un douze tonne, tout cela l’excite, c’est son métier, il écrit pour le journal de la région. Pour se faire, il faut être à la fois précis et laconique et surtout ne pas tomber dans le lugubre, le lecteur doit sentir cette pulsion de mort qui l’embrasse quand il commence à poser les yeux sur les premières lignes de la rubrique. Objectif : silence et érotisme.
Le lendemain matin Monsieur est anxieux, rien à présenter pour sa rubrique. Pas même un chat dépecé sur le bord de la route, il y a bien cette grande mère qui, dans un moment de déraison, a eu la prétention de pouvoir traverser la rue : cheville cassée et commotion cérébrale. Il n’y en a de toute façon pas assez, même pour trois lignes en dernière page, cette vieille femme est grossière, Monsieur aime quand l’absurdité et l’immaculé se rencontre au coin d’une rue, quand un ivrogne percute un berceau.
Monsieur prend sa voiture, il part pour le mariage de sa sœur, il porte un costume décontracté, une paire de Ray Ban sur le nez et une élégante cigarette au coin de la bouche. Fond sonore : Johnny Cash.
Tout en conduisant, Monsieur prépare son personnage, il veut séduire et tourmenter, et si possible trouver matière. Il a jusqu’à ce soir. L’idée de ce mariage perturbe Monsieur, sa sœur se fait conduire à l’autel par un moribond, une espèce de marcassin gaulois, gérant d’un abattoir de bovins. Monsieur ne peut comprendre. Figure fantasmatique de ses premières masturbations, comment peut-elle ? Monsieur préfère se concentrer sur le volant, il quitte l’autoroute et s’engage sur un chemin plus accidenté. Il est seul sur la route, il est inquiet. Il doit trouver matière quotidiennement : principale contrainte de son métier. Il aperçoit enfin le viaduc, il n’est pas perdu, sa sœur lui en a parlé. Planté au milieu de rien, Monsieur le pénètre, deux enfants s’amusent à lancer des pierres, la rivière est asséchée. Laissons Monsieur faire son travail, il a des responsabilités……Il arrive, on frappe les trois coups, il va pouvoir commencer à jouer.
« - Connaissez vous la mariée ?
- C’est ma sœur
- Vraiment ?
- Puisque je vous le dis ! Et vous ?
- Et moi ?
- Oui ! Vous connaissez la mariée, ma sœur ?
- Non, je suis invité par le marié.
- Je me ferais un plaisir de clouer un hibou sur sa porte d’entrée.
- Pardon ?
- Pourquoi ?
- Je ne comprends pas.
- Moi non plus. »

Je ne bois que du champagne, je ne mange que les petits-fours, je ne rentre pas dans l’Église. Dieu n’existe pas, il persiste. La Bible est un mythe, le curé est un mythomane, Jésus est masochiste, les mormons sont polygames.
Elle dit qu’il est beau ! C’est écœurant ! Elle l’aime ! Fétide ! Ma sœur et sa charogne !! Le monstre n’est plus brûlé sur un bûcher, on ne lui perce plus le flanc d’un coup de lance, de nos jours il est en haut de l’affiche, on lui voue un culte infernal, il fascine plus qu’il ne répugne.
Je reprends.
Monsieur est attablé, il boit, il écoute.
- Je suis persuadé que l’homosexuel est simplement un être dénaturé.
- Marie-Claude a toujours raison
- D’ailleurs demain soir, chasses à la folle aux environs de Villejuif, tu peux venir, c’est carrément sympa.
- J’apporterais une bonne piquette et un petit saucisson.
- Surtout n’oublie pas ton fusil.
- Aucun problème.

Monsieur sourit, il imagine Marie-Claude et son ami, les yeux bandés, attachés à un poteau, fusillés par la Waffen S.S. Un anachronisme croustillant. Les Allemands sont de bons soldats, dans les tranchées, ils ne s’occupaient pas à barbouiller des chansons antimilitaristes sur un bout de papier. Rudes et farouches les Germains ! Trois guerres, trois humiliations, merci messieurs on a compris la leçon. Monsieur se plait à l’ironie, il a aussi l’habitude de faire la critique de l’ordre moral et social, celui qui s’est imposé et que l’on ne remet plus en question. Il déteste ce despotisme moralisateur qui oppresse la vie de chacun jusqu’à entrer dans la sphère privée et intime. L’homme est tout puissant mais résigné. Il meuble et empile pour ne pas avoir à creuser et chercher la véritable malédiction qui pèse sur lui. Toutes les portes sont closes, il observe la fin du monde avec cynisme. Une farandole d’aveugles vaniteux qui avancent décomplexés et coquelins en direction de la falaise. Monsieur aime ce genre d’allégorie, ça le rend intelligent. D’ailleurs une splendide créature fait son apparition, il est temps pour Monsieur d’aller étaler un peu de confitures mais avant tout, il faut observer.
C’est une mature, le temps à laisser ses traces, malgré tout ses jambes sont bien faites, la culasse est bien vissée, ses ongles sont soignés et propres, le fruit est encore rouge, il faut le croquer avant qu’il ne pourrisse. Il s’approche, elle le voit et sourit, ils discutent. Monsieur n’écoute pas, il s’attarde sur son interlocuteur qui présente une étrange proéminence du cartilage au niveau de la thyroïde, Monsieur commence à comprendre. Il ne veut pas le repousser, il a envie et lui aussi. Pourquoi ne pas s’éloigner un peu ? Elle s’offre à lui comme une femme, sa peau est douce, ses hanches sont fermes, sa bouche est un sexe. Monsieur détaillera avec précision son expérience à un ami, qui racontera tout à un autre ami, et cela circulera au gré des flots et des marées. Si Pat Bateman était passé par là, la charmante courtisane aurait fini clouer sur un arbre, émasculée, vidée de son sang, la tête en contrebas. Mais ce n’est que Monsieur, il a bien pensé à lui tordre le cou, enfin quand même, il en a assez fait pour aujourd’hui.
L’après-midi touche à sa fin, les invités commencent à partir, les familles des deux époux restent pour se retrouver ce soir. Monsieur va aussi rentrer, il n’est plus convié aux dîners de famille. L’an passé lorsqu’il s’est levé en plein repas pour demander la parole, il a dit : « Je suis heureux d’être parmi vous. Mes parents, ma sœur et son mari, tous nos amis. Je tenais à exprimer ma joie et mon bonheur, vos fiançailles me rendent heureux! Certaines personnes prétendent le contraire, ils ne connaissent pas l’amour que j’ai pour ma sœur, ma moitié, ma première. Une dernière chose. Je connais quelqu’un, ici, qui a un problème, ce problème concerne tout le monde et chacun d’entre nous, alors je le dis, cette femme devant moi que je montre du doigt, jeune et innocente, oui cette femme blanche et inoffensive en apparence, cette femme, la femme devant nous, mes chers amis, est séropositive ». Monsieur décide de rentrer après avoir fini son verre. Assis à table, il prend un stylo et griffonne sur une serviette.
« Corps sans vie-adolescents-Paul 14 ans-Antoine 13 ans-accident-jeu-chute-viaduc-suicide (?). »
Tout un métier, il suffit de passer à l’acte.
Monsieur prend sa voiture. Une route tortueuse, un chevreuil en plein milieu, un bon coup de volant et Monsieur ne respire plus.